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Mercredi 21 septembre 2005

Lorsque Morton Heiling réalisa son "Sensorama Simulator", au milieu des années 50, il projetait l’idée avant-gardiste de proposer une ballade virtuelle dans les rues de New York en motocyclette. Pour rendre la projection vraiment crédible, il asseyait son public dans un fauteuil vibrant, avait disposé des ventilateurs pour simuler le vent et projeter des odeurs, et, en plus d’une projection simulant la 3D sur un écran large, il avait ajouté un son stéréo. Son invention était tout à fait innovante à son époque. C'est avec cette invention qu'est né le concept de la "réalité virtuelle" . 

Sensorama Simulator

Avec l’évolution exponentielle des Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication (NTIC) se pose depuis peu, chez les scientifiques et les philosophes, la question de la réalité virtuelle, qui tendrait à supplanter petit à petit notre vraie réalité. Ce transfert d’une réalité à l’autre n’est pas forcément envisagé comme un danger. Pour le moment, tout le monde s’interroge de cette évolution, sans pour autant savoir quel sera l’issue de ce basculement. 

 

 

L’internet est bien entendu le fer de lance de cette révolution. L’identité même d’un individu est modifiée. Lorsqu’on demande à quelqu’un : "quelle est ton adresse ?", l’interlocuteur ne sait plus si on lui demande son adresse postale (réalité) ou son adresse Internet (réalité virtuelle). De même pour sa "boite aux lettres". D’ailleurs, l’individu est renommé, voire rebaptisé. Dans la vie, il s’appelle Monsieur Patrick Martin. Sur le réseau, il est P.Martin@herbergeur.fr. Cette nouvelle identité préfigure une nouvelle personnalité. 

 

Dans un jeu vidéo en ligne dans lequel il jouera avec des joueurs du monde entier, Monsieur Martin pourra devenir une toute autre personne, un Troll par exemple, appelé Troll-Patrick. Avec les jeux Massivement Multi-Joueurs (MMORPG), de nouveaux mondes ont fleuri. Des mondes à ce point proches de notre réalité, que le joueur y retrouve une autre existence, une seconde vie. Patrick Martin est commercial pour une société pharmaceutique, mais Troll-Patrick est un farouche chasseur de fées. Les deux, le même en réalité, vivent, se nourrissent, gagnent de l’argent, consomment, se font des amis, des ennemis aussi, et mourront un jour. L’un est l’autre, mais les deux sont différents. Patrick est timide et ne ferait pas de mal à une mouche, mais Troll-Patrick est vraiment sympa et s’avère un guerrier redoutable. Lequel est le vrai ? Les deux sans doute. Pourtant, ils n’ont pas du tout le même profil. Patrick est un beau jeune homme de 25 ans. Troll-Patrick est vert, bossu, monstrueux, et va sur sa 145ème années. Pourtant, c’est Troll-Patrick qui s’est marié cet été.  

 

On joue à vivre. Quel jeu merveilleux, la vie. D’ailleurs, le jeu vidéo "Les Sims" (Electronic Arts) est de très loin le jeu le plus vendu dans le monde. Ce jeu propose au joueur de gérer un foyer, un personnage célibataire ou plusieurs membres d’une même famille, avec tous les petits tracas inhérents à la vie quotidienne : trouver un travail, se nourrir, faire des achats pour meubler sa maison, se faire des amis, avoir une promotion… des enfants aussi. Non pas une vie rêvée avec "amour, gloire et beauté", non, juste une autre vie. Ni plus ni moins. La même vie que la vraie, un poil différente. D’ailleurs, beaucoup de joueurs tentent de recréer l’intérieur de leur propre maison, et tente de faire ressembler leur personnage, appelé l'avatar, à leur propre apparence physique. 

 

Le loirsir vidéo-ludique, véritable pionnier en matière de réalité virtuelle, propose un large panel de connexions entre la réalité et la virtualité, par le biais d’accessoires de "réalité augmentée". Des lunettes 3D, en passant par les vrais-faux clubs de golf, les canes à pêche, les raquettes de ping-pong, les volants à retour de force, les manettes vibrantes, les gants et jambières pour donner de vrais-faux coups de poing et de pieds, l’oreillette-micro pour parler à ses coéquipiers militaires, les pistolets à capteur infrarouge, le fauteuil de pilotage qui vibre en fonction du dénivelé de la route… Tout y passe. Les ingénieurs se décarcassent pour inventer de nouvelles trouvailles pour rendre le jeu leplus immersif possible. D'ailleurs, on ne parle plus de jeu mais d'expérience.

L’individu est tellement projeter, qu’il devient sa projection. Il est lui, et un autre. Avec les capacités technologiques de plus en plus immersives s’est naturellement posée la question de la vraie réalité. Puisque tous ces mondes et ces jeux sont tellement immersifs et réels, est-ce que notre réalité est vraiment réelle ? Ne serions-nous pas, à l’instar de Neo dans "Matrix", dans un monde fictif, en haute résolution, son stéréo, peuplé d’êtres à l’intelligence artificielle développé, dans un avatar organique…? Un monde créé de toutes pièces par une intelligence inaccessible ? Moi-même, je ne sais même plus si j’existe. Ah, si, j’existe, puisque je pense. Mais cette existence inclut-elle également l’existence de ma réalité ? Non, réponds Descartes. Cette certitude ne concerne que mon être, à distinguer de mon corps et de toutes les interactions sensorielles avec ma réalité. Autrement dit, ma réalité n’est pas nécessairement plus réelle que mon jeu vidéo. 

 

Le concept de la réalité virtuelle, ou réalité simulée, existe depuis belle lurette. Platon, dans "La République" (livre 7), parlait déjà d’un monde fictif. Chaque individu serait comme plongée les ténèbres d’une caverne (notre monde illusoire), enchaîné par la réalité, et regarderait des ombres de marionnettes, projetées depuis l’extérieur par des manipulateurs, qui, eux, seraient dans la réalité-réelle. L’immense majorité des religions nous parlent d’un monde réel, pas forcément meilleur d’ailleurs, qui nous attendrait une fois que nous serons morts, une fois que nous aurons fini de jouer à la vie, et que la partie sera "Game Over". 

 

Le philosophe contemporain Nick Bostrom a précisément étudié cette question de réalité virtuelle. Il en a conclu l’hypothèse suivante : soit notre espèce ne créera jamais de simulations informatiques suffisamment précises pour qu’on ne puisse pas les distinguer de la réalité, soit nous sommes très probablement déjà dans une réalité virtuelle. Puisqu’il est absolument certain que notre "espèce" créera une réalité virtuelle totalement crédible, je peux envisager que l’hypothèse de Nick Bostrom est que nous sommes dans une réalité virtuelle. Mais alors, cette fausse-réalité serait générée par qui, ou par quoi ? Nick Bostrom paraphrase à peu de choses près la philosophie de Platon, en l’adaptant à notre ère informatique.

 

Les analogies entre les NTIC et les questions philosophico-religieuses sont assez étonnantes. Jésus se présentait comme l’incarnation de Dieu, donc sa représentation, l'avatar de Dieu, comme s’il était un joueur qui venait d’intégrer une partie déjà commencée, mais qu’il aurait les compétences d'un administrateur du réseau. Et que penser de tous ces "avatars", chez les hindouistes, censés représentés des incarnations divines, venant à période régulière, voir si tout se passe bien, et faire le ménage ? Notons que le terme "avatar"  désigne à la fois la divinité hindou, mais également la représentation du joueur ou de l’internaute. D’ailleurs, ce grand réseau qu’est l’Internet est assez proche de la définition même du divin : "Présent partout, mais visible nul part". Comme Dieu, Internet est omniprésent (il est partout), omniscient (il sait tout), et omnipotent (là, j’ai encore un doute). Le célèbre philosophe mathématicien, Blaise Pascal écrit " Il n'y a pas si grande disproportion entre l'unité et l'infini". Comme chaque internaute (l’unité) pouvait disposer des qualités de l’Internet (l’infini) s’il sait être connecté ? D’ailleurs, les spirites parlent de "Channel" pour définir une personne connectée avec des entités spirituelles, oui, de "connexion" ou de "canal". Pourrait-on alors dire "Heureux les faibles-débit, car le royaume des cieux leur est ouvert" ? 

 

Pour revenir à la genèse de l’informatique. J’ai une petite question : qui a inventé la souris, le premier système d’exploitation, le glisser-déposer, le copier/coller, le double-clic, les polices de caractères, l’imprimante, l’interface SCSI, l’Ethernet (réseau), le PDA, l’appareil photo numérique, les normes Firewire et WiFi … etc. En un mot : "Apple". La "pomme", ou "le fruit défendu" car il permet d’accéder à la "connaissance du bien et du mal" (Genèse 2.9).

le logo Apple

Petite précision qui a son importance capitale, et qui est plus que troublante selon moi. A aucun moment, il n’est noté dans la Genèse que le "fruit défendu" serait une pomme, mais pourtant la croyance populaire admet qu’il s’agit d’une pomme. Le mot "pomme" n’apparaît pas dans la Genèse, et il faut attendre l’Exode (25.31) pour le trouver dans un tout autre contexte. Curieux, non ? Comme s’il s’agissait d’un message de notre inconscient collectif. Dans tous les cas, les nombreuses représentations picturales de cette scène associent le fruit défendu à une "pomme", et non à une banane ou une tomate. D’ailleurs, ça ne vous perturbe pas d’envisager que ce fruit défendu "de  l'arbre de la connaissance du bien et du mal" soit une banane ? C’est presque un blasphème.

 

Tintoretto         Rubens

détails de peinture de Tintoretto (à gauche) et de Rubens (à droite).

Pour poursuivre dans cette analogie délirante, étudions maintenant le fameux "Chiffre de la Bête" de l’Apocalypse de St Jean, censé foutre le bazar dans notre réalité, virtuelle ou non : "Que celui qui a de l'intelligence calcule le nombre de la bête. Car c'est un nombre d'homme, et son nombre est six cent soixante-six". (Révélation 13.18). Je le dis comme je le pense, cette énigme débouche sur pas mal de conneries. Chacun y trouve ce qui argumente sa petite théorie. Aussi, je ne vais pas agir autrement, et faire pareil. Oui, je vais dire une belle connerie pour argumenter mon propos. Apprenez qu’en Guématrie, science basée sur l’étude des lettres par leur correspondance numérale d’après un procédé kabbalistique, le "6" correspond à la lettre hébraïque "Waw", et au "W". Le chiffre de la bébête commencerait donc par "WWW", ou les initiales de "Word Wide Web", autrement dit le protocole d’accès à l’internet. Vous flippez, là ? Non, il ne faut pas. Comme je l’ai dit, on peut tout faire dire à une énigme. 

 

 

Pour finir, je profite de cette chronique pour adresser un message personnel à mon "joueur", celui qui dirige l’avatar que je suis dans ce grand jeu vidéo qu’est ma vie : 

- J’aimerais, s’il te plait, trouver un nouveau travail très bien payé, à rien faire d’autres qu’à m’amuser. Egalement, si ce n’est pas trop te demander, j’aimerais bien gagner à Euro-Million, et aussi, si tu pouvais faire déménager mes voisins du dessus, ça m’arrangerait. Je te remercie pour ton attention. Pour le reste, c’est très bien comme ça. Tu joues drôlement bien.

 

 fredo-dido 

 

 

 

  si cet article vous a plu, pensez à ouvrir votre "parapluie".   

 

quelques sources
Sur Platon :
http://www.virtualistes.org/platon.htm 
Sur Nick Bostrom : http://perso.wanadoo.fr/fabien.besnard/refutation.html 
Sur Pascal : http://jeanmichel.messiaen.free.fr/Pages/Pascal2.html
Article sur les réalités virtuelles : http://psydoc-fr.broca.inserm.fr/toxicomanies/internet_addiction/realite_virtuelle.htm
Historique d’Apple : http://www.pcinpact.com/definition_13.htm
Sur le jeu "Les Sims" : http://www.lessims.ea.com/pages.view_frontpage.asp

 

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